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La fin du monde"Les premiers mots de Goran Ivanisevic s’adressèrent au public du Centre Court: " Peut-être que quelqu’un va me réveiller et me dire: "Goran, une fois de plus, tu n’as pas gagné !", mais c’est le rêve de ma vie qui se réalise. " Douché, coiffé d’une casquette blanche, visière sur la nuque, il se présenta à 16 h 20 dans une salle de presse pleine à craquer.
" ÇA VALAIT LE COUP d’attendre aussi longtemps?
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Oh, oui. Je crois que je rêve encore. C’est si génial de toucher ce trophée. Maintenant, je me fous de ne plus jamais gagner un match de ma vie. Si je veux m'arrêter, je m’arrête. C’est tout. C’est la fin du monde.—
Avez-vous rencontré cet ange, la nuit dernière, qui devait selon vous exaucer votre vœu?—
Non, personne n’est venu. En fait, je n’ai pas dormi plus de deux heures. Je me suis réveillé à i h 30 du matin, je croyais qu’il était 9 heures. Je suis retourné au lit. 3 heures, 4 heures... j'étais tellement nerveux. Et aucun ange n est venu. Mais j’ai pu jouer. Et réaliser ce que j’ai espéré toute ma vie. Avant, j’étais toujours le second. Les gens me respectaient mais la deuxième place, ce n’est pas jamais suffisant. Et finalement, je suis le champion de Wimbledon. J’ai gagné. Cela représente tout pour moi. Quoi que je fasse de ma vie désormais, je serai toujours champion de Wimbledon.—
Vous attendiez-vous à une telle ambiance en arrivant ce matin dans le stade?—
Non, c’est trop fort. Je ne pense pas que cela se reproduise dans l’histoire du tournoi. C’est génial, tant de fans australiens et croates, comme un match de football. Jamais je n’ai pris autant de plaisir à jouer au tennis qu’aujourd’hui.—
A 3-2 dans le quatrième set, vous avez perdu votre service de manière un peu litigieuse...—
Je menais 30-0 et là j’ai fait des coups stupides. Je me suis mis tout seul dans l’embarras. Ensuite, je sers une superbe première balle et la juge de ligne me compte ma première faute de pied du tournoi. Cette femme affreuse, affreuse, tellement affreuse. -. J’en avais même peur... Ensuite, je réussis un deuxième service énorme, sur la ligner Et là ce type, qui avait l’air d’un..., me le compte out Je ne pouvais pas y croire. En deux secondes, j’avais gagné le point deux fois et je me retrouvais mené 4-2. Je suis devenu fou.—
comment avez-vous fait pour ne pas perdre vos nerfs ensuite?—
C’est une finale. J’ai perdu mon service encore à 5-2e mais j’étais redevenu calme, déjà. Il le fallait. Je me disais "C’est ta dernière chance, tu vas le gagner, reste cool, tu ne peux pas te permettre de devenir fou en finale de Wimbledon." Deux jeux de plus dans le même état, et j’étais foutu.
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Que s’est-il passé sur les quatre balles de match?—
J’avais beau demander de l’aide au ciel, je ne. mettais pas un service dedans. Mes bras étaient si lourds, si durs. Je savais que je ferai une ou deux doubles fautes. Sur la troisième, je réussis un service incroyable, il me fait le meilleur retour du match, je frappe une superbe volée et là il réussit son lob. Je me suis dit: "Non, non, non, non, ce n’est pas vrai 1" Et puis, sur la quatrième, j’ai pensé: "Okay, passe ce service n’importe où, peut-être va-t-il rater." Ce qu’il a fait. Génial. Je ne pouvais pas y croire quand j’ai vu la balle dans le filet.—
comment allait votre épaule pendant le match?—
Aujourd’hui, elle était très raide. Mon service ne fonctionnait pas trop bien. Je me suis dit : "Non, pas aujourd’hui, Dieu, s’il te plaît, j’ai besoin de mon service aujourd’hui." J’ai pris des calmants, je nie suis fait masser et ça allait beaucoup mieux ensuite. Je n’aime pas trop ce temps humide. La chaleur, c’est mieux pour mon épaule.—
Comment avez-vous vécu la remise du trophée. après en avoir connues trois comme perdant?—
C’est la première fois que je n’ai pas été appelé en premier. J’étais surpris, je voulais y aller d’abord et puis le type m’a dit: "Non, ce n’est pas votre tour." J’étais tellement habitué à y aller en premier, à prendre le plateau et à saluer. J’ai toujours vu les gars soulever le trophée, l’embrasser... Là c’était moi, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée.—
Vous avez évoqué votre ami basketteur Drazen Petrovk, sur te court.. -—
Ce n’était pas mon meilleur ami, mais il était un bon copain. Il a été l’un des plus grands basketteurs européens de tous les temps. Il est décédé en 1993, j’avais assisté à son enterrement juste avant Wimbledon et j’avais dit que je lui dédierai le tournoi. Malheureusement, cette année-là, j’ai mat joué et j’ai perdu au troisième tour. Le dimanche précédent ce tournoi-ci, mon père m’a apporté des journaux. Dans l’un d’eux, il y avait un poster en mémoire de Drazen. Je l’ai découpé et je l’ai affiché au mur. J’ai dit: "C’est le destin." Et puis, tout est allé doucement, et j’ai gagné. Je lui dédie cette victoire.—
Qu’est-ce que cette victoire représente pour votre père?—
Pauvre homme, je ne pense pas qu’il aurait supporté d’avoir un quatrième plateau. Tout ce qu’on a pu traverser ensemble depuis que mon plus jeune âge... Trois fois finaliste
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une décision concernant votre opération de l’épaule après le tournoi. Qu’en est-il aujourd’hui?
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Maintenant, je suis qualifié pour le Masters, qui aura lieu à Sydney. Je vais le jouer et je me ferai opérer juste après. C’est certain.—
L’an passé, vous avez assisté à la parade des champions de Wimbledon. Vous disiez ensuite sentir que vous n’apparteniez pas à ce groupe. Est-ce le cas aujourd’hui?—
J’étais là, avec des gars qui ont gagné six ou sept fois, tous ces grands noms, ces grands champions.., J’étais très fier d’être avec eux. Mais aussi, je me sentais abattu car j’avais perdu au premier tour. J’étais resté quatre jours à ne rien faire à Londres pour y participer. Mais j’espérais qu’un jour j’inscrirai mon nom sur le trophée. Maintenant, je suis parmi eux.—
Serez-vous là pour défendre votre titre le lundi d’ouverture du tournoi 2002?—
Yeah, j’ai toujours voulu voir ce que ça fait d’arriver l’année suivante comme tenant du titre. Être le premier à marcher sur le Centre Court, je veux vivre ça. Peu importe que je gagne ou perde te match.—
Que comptez-vous vous offrir avec le chèque du vainqueur auquel vous ne vous attendiez pas il y a deux semaines?—
Je ne sais pas, mais je vais faire quelque chose parce que je le mérite. Je voulais m’acheter une voiture ou un bateau, mais je n’avais rien fait pour le mériter. Maintenant, je veux quelque chose dont je me souviendrai toute ma vie. Je vais peut-être me faire tatouer "Wimbledon 2001" sur ta poitrine. "